Le décret, en une phrase
Dans le canton de Vaud, le décret DACCE (BLV 730.051) impose de remplacer les chauffages et les chauffe-eau électriques d'ici au 1er janvier 2033. Il est en vigueur depuis le 1er janvier 2025. Si vous en avez un, vous devez vous annoncer spontanément à la Direction de l'énergie — le délai initialement fixé à fin juin 2025 est passé, mais l'obligation, elle, court toujours.
C'est tout. Le reste de ce que vous avez entendu mérite d'être trié.
Non, ce n'est pas suspendu
La confusion vient d'un fait réel mais mal rapporté. À la suite d'un recours déposé en janvier 2025, c'est la directive d'application du décret qui est suspendue — c'est-à-dire le document qui explique comment l'administration met le décret en œuvre.
Le décret, lui, n'est pas suspendu. Le devoir d'annonce non plus. Et l'échéance continue de courir. Le canton l'écrit noir sur blanc sur sa propre page.
C'est une nuance juridique, mais elle a une conséquence très concrète : quelqu'un qui a compris « c'est suspendu, je verrai plus tard » se réveillera avec sept ans de moins pour faire les travaux, dans un marché où tout le monde s'y prendra en même temps.
Oui, des dérogations existent — et c'est nouveau
C'est le point sur lequel l'information disponible en ligne est la plus périmée, y compris sur des sites sérieux. Pendant une période, le canton n'accordait ni dérogation ni prolongation. Ce n'est plus ce qu'il annonce aujourd'hui.
Ce que dit la page officielle, désormais :
· Des dérogations peuvent être accordées au cas par cas, par la Direction de l'énergie, qui est l'autorité compétente. L'incapacité financière du propriétaire à effectuer les travaux est un motif nommé.
· Pour un chauffage électrique décentralisé, le délai d'assainissement peut être prolongé de cinq ans au maximum si la consommation électrique du bâtiment est moyenne — cela se lit sur le certificat énergétique cantonal des bâtiments (CECB), classes D ou E pour la prolongation, A à C pour la dispense provisoire.
· L'assainissement peut faire l'objet d'une dispense provisoire, sur requête et avec réévaluation tous les trois ans, si la consommation est faible.
· Les procédures et formulaires correspondants doivent être mis en ligne dans le courant de 2026.
Une dérogation se demande. Elle ne s'obtient pas en attendant, et elle ne se suppose pas : un propriétaire qui compte dessus sans avoir déposé de requête n'a rien.
Et les chauffe-eau ?
Ils sont visés au même titre, centralisés comme décentralisés, avec la même échéance. Une exception mérite d'être connue : pour un chauffe-eau décentralisé, le propriétaire en est exempté si le bâtiment est déjà chauffé aux énergies renouvelables. Autrement dit, si vous installez une pompe à chaleur pour le chauffage, vous réglez peut-être la question du boiler par la même occasion — cela vaut la peine de le vérifier avant d'engager deux chantiers.
Ce que ça veut dire concrètement, chez vous
Un chauffage électrique direct — des convecteurs muraux, des panneaux, un plafond chauffant — consomme trois à quatre fois plus qu'une pompe à chaleur pour le même confort. Sur les hauts du secteur, où la saison de chauffe est longue, l'écart annuel est considérable.
Le remplacement pose une question technique qu'il faut regarder en face : s'il n'y a pas de circuit d'eau dans la maison, il faut le créer, ou choisir une autre voie. C'est le vrai sujet, bien plus que la date de 2033.
Deux chemins existent, et ils n'ont pas le même coût :
Créer un circuit et poser une pompe à chaleur air-eau. C'est la solution complète et durable : radiateurs ou sol chauffant, eau chaude sanitaire comprise. C'est aussi la plus lourde, parce qu'il faut tirer des conduites dans une maison habitée.
Poser une ou plusieurs pompes à chaleur air-air. Nettement moins cher, pas de circuit à créer, et une amélioration immédiate de la consommation. Mais elle ne produit pas l'eau chaude, le confort est inégal d'une pièce à l'autre, et — point que presque personne n'annonce — une machine réversible fait tomber la dispense de permis : votre dossier passe alors par une demande de permis de construire.
Le calendrier intelligent
2033 paraît loin. Voici pourquoi il ne l'est pas.
Vous ne serez pas seul. Environ vingt mille bâtiments vaudois sont concernés. Si tout le monde s'y prend la même année, les délais s'allongent et les prix montent — c'est mécanique.
Et surtout : le dossier de subvention doit être approuvé avant le moindre travail, matériel livré compris. Un chantier fait dans l'urgence est un chantier sans aide.
La bonne séquence tient en quatre points : s'annoncer si ce n'est pas fait ; faire évaluer la maison sans engagement ; déposer le dossier d'aide et attendre son approbation ; et si votre situation le justifie, déposer une demande de dérogation motivée plutôt que de subir l'échéance.
Reconnaître le chauffage que vous avez
Le décret vise l'électrique, mais tous les chauffages électriques ne se ressemblent pas — et le remplacement n'a pas le même coût selon le vôtre.
Les convecteurs muraux. Le cas le plus fréquent dans les logements des années 1970-1990. Chaque pièce a son appareil, il n'existe aucun circuit d'eau, et c'est là que le remplacement demande le plus de travaux — ou qu'une solution air-air se justifie.
Le chauffage électrique au sol ou au plafond. Des résistances noyées dans la dalle. On ne les récupère pas : la nouvelle installation se pose à côté, avec ses propres émetteurs.
La chaudière électrique centrale. Le cas le plus favorable, et il est plus courant qu'on ne croit dans les fermes reconverties : il y a un circuit d'eau, des radiateurs, un ballon. Remplacer la chaudière électrique par une pompe à chaleur revient alors à un chantier ordinaire de deux à trois jours.
Cette distinction se fait en cinq minutes dans la cave, et elle change complètement le budget. Faites-la avant de demander quoi que ce soit.
Et l'eau chaude, dans tout ça
Beaucoup de logements chauffés à l'électricité ont aussi un boiler électrique — et le décret le vise également. Bonne nouvelle : pour un chauffe-eau décentralisé, le propriétaire en est exempté si le bâtiment est déjà chauffé aux énergies renouvelables.
Autrement dit, l'ordre des travaux compte. Régler d'abord le chauffage peut faire tomber l'obligation sur le boiler, ou du moins la rendre sans objet. L'inverse — remplacer le boiler seul et laisser les convecteurs — ne règle rien du tout.
Ce qu'il faut retenir
L'échéance est réelle et elle court. La suspension dont on parle ne concerne que la directive d'application. Des dérogations, des prolongations de cinq ans et des dispenses provisoires existent — mais elles se demandent, avec un dossier. Et le meilleur moment pour agir est précisément celui où l'on n'y est pas obligé : quand on peut comparer, négocier, et obtenir l'aide.